Normandie et îles Anglo-Normandes, jour 11

Retour de Granville

Spirit of Conrad au port
Le Spirit of Conrad, à quai dans le port de Granville

Je discutai un bon moment avec mon hôtesse, femme très sympathique qui fut curieuse de connaître mon récit. Elle me narra un peu ses aventures. Femme de marin, elle avait beaucoup navigué sans s’y trouver de passion. Elle me parla de son expérience d’une tempête dans les Antilles où elle pleurait de terreur en se faisant balloter par une tempête tropicale, et le lendemain, couverte de bleus des chocs sur la coque.

J’allai ensuite voir le marché où s’étalaient crabes, homards et plus de fruits de mers et de coquillages que je n’en connaissais. J’y achetai le nécessaire, des andouillettes, du camembert qui devait enfumer le TGV et du cidre. Alors que je parcourais les rues je tombai sur Pierre, le capitaine, avec qui j’allai boire un café. Je lui fit part de mes réflexions sur la mer et la navigation. Il me parla un peu de cette addiction à la mer. « Quand on grandit depuis petit là-dedans, on est baisé » me dit-il en un mot. Il avait essayé de s’en éloigner sans parvenir à être heureux dans autre chose.

Il eut un sourire entendu pendant que je lui racontais mon séjour qui avait précédé l’embarquement, entre le Mont-Saint-Michel et Granville. Lorsqu’on parle de voyage en solitaire, un marin ne prend pas d’air étonné, il acquiesce en comprenant. Il réitéra sa proposition de me reprendre à son bord en me parlant des convoyages. Bien loin d’une croisière de plaisance, il s’agit de prendre une part active à la vie du bord, sous la tutelle d’un marin professionnel et d’être véritablement un équipier. Tenir ses quarts, être corvéable, choisir un itinéraire pour tenir un programme dans le but d’amener le navire à sa destination. Il s’agissait selon lui de l’expérience la plus proche qu’un « touriste » puisse faire de la vie de bord telle qu’elle est dans la marine marchande. Il me conseilla de m’amariner un peu avant cela, mais me dit – et j’en fus flatté – qu’il ne le proposait pas à n’importe qui, qu’il décourageait même bien des gens, mais qu’il était persuadé que j’y trouverais mon bonheur, et lui une personne fiable.

Je regagnai ensuite la gare et rentrait sans encombre à Genève, plongé encore un peu par l’écriture de ce journal dans cet étonnant voyage.

Pour plus d’informations sur le voyage dans les Îles Anglo-Normandes à bord du Spirit of Conrad, voir le site de Pierre et Cédric.