Journal – Octobre 2021

Vendredi 15

Rolle

Samedi 16

Le mot “abondance”, si cher à la permaculture pour évoquer la générosité que peut offrir la nature, prend sens dans mon jardin. Alors que je réunis les courges pour les mettre à l’abri du gel, l’ampleur de la récolte m’apparaît.

Une belle partie de la récolte

Il y a une satisfaction très particulière à chaque récolte, ici exacerbée par la quantité. C’est un sentiment unique que je pourrais comparer à l’achèvement d’un dessin dont on est fier, ou à l’accouchement final d’un long travail. Je jardine avant tout pour me lier à la terre, pour lire la nature et y chercher ma place, est-ce là une forme de validation ?

Mercredi 27

Allégorie de notre époque : je lis qu’un producteur de papier journal manque de matière première. Plusieurs raisons sont évoquées. La principale serait la baisse de production due à la pandémie, moins de papier créé l’an passé et donc moins de papier à recycler aujourd’hui. La seconde, le commerce en ligne augmentant, une large partie du recyclage se destine aux emballages en carton pour l’envoi des colis. L’information littéralement vampirisée par la consommation.

Je lis cela juste après ce billet de Thierry Crouzet, qui insiste non sans poésie sur l’aventure que compose chaque virée, qu’il s’agisse d’un de ses périples en bikepacking, d’une promenade au coucher du soleil ou l’acte d’apparence banale de sortir faire une course.

Emménageant actuellement dans un minuscule studio, je me rassurais en me répétant que la vie est dehors, qu’un petit habitat m’ouvrirait à l’extérieur, moi qui ai tendance à me renfermer. Comme souvent, je lis après coup la confirmation d’une intuition mal définie.

Samedi 30

Je me déguise pour la première fois depuis des années. Me voilà un autre, arborant des traits que je ne reconnais pas, adoptant une attitude que je peux choisir. L’exaltation est délicieuse, le jeu constant dure toute la soirée.
Une amie m’expliquait à propos de son activité de clown, qu’être clown n’est pas jouer un rôle d’acteur, mais c’est justement se trouver soi-même sans artifice. Cette allusion me revient alors que je me pavane accoutré en pirates, maquillé, une tresse ornée de perles en bois battant mon visage, heureux comme un gosse.

Dimanche 31

Promenade sur la Dent de Vaulion, partant dans le brouillard pour finir éblouis par la lumière et les couleurs de l’automne dont on se délecte toute l’après-midi.

Peu avant d’arriver au sommet, nous croisons une promeneuse qui se moque de la foule qui chemine vers la Dent. Peut-être est-ce en réaction à cette remarque bête et gratuite, mais je trouve une réelle satisfaction à voir ces gens réunis, admirant avec visiblement autant de plaisir que nous le bouquet final de la saison. L’ambiance est calme, contemplative, souriante, une forme de torpeur dominicale habite les badauds. J’apprécie aussi la mine resplendissante de certaines personnes âgées montées en voiture, reconnaissant qu’elles puissent profiter du même tableau que moi malgré leur impossibilité de réaliser l’ascension à pieds.

C’est souvent la laideur que je vois chez l’humain lorsque je suis face à ses mécaniques de masse. J’ai alors envie de m’en extraire. Ici, sa beauté m’apparaît comme rarement, je m’y mêle attendris.

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