Septembre 2022

J’aime le débat avec la désagréable impression de m’en éloigner de plus en plus souvent. En lisant Proust, je comprends qu’il n’en est rien.

Une idée forte communique un peu de sa force au contradicteur. Participant à la valeur universelle des esprits, elle s’insère, se greffe en l’esprit de celui qu’elle réfute, au milieu d’idées adjacentes, à l’aide desquelles, reprenant quelque avantage, il la complète, la rectifie ; si bien que la sentence finale est en quelque sorte l’œuvre de deux personnes qui discutaient.
— Marcel Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleur

Ce passage fait écho à une phrase de Raphaël Enthoven que j’avais noté dans un coin, qui m’avait interloquée.

Le premier devoir d’un débatteur c’est de brandir son opinion pour ce qu’elle est, c’est-à-dire une parcelle de vérité qu’il propose et qu’il échange et à laquelle il est prêt à renoncer.
— Raphaël Enthoven

J’aime le débat et le recherche lorsqu’il permet de créer quelque chose de plus grand. L’annulation – souvent impossible ou stérile – d’une opinion par une autre, ou le simple plaisir de convaincre ou de se conforter, ne sont pas des motivations suffisantes à s’engager dans la bataille. L’esprit de contradiction plutôt que d’opposition. De vrais débats, ou plutôt des débatteurs sont finalement des perles rares.

Conclusion : j’aime le débat, mais fuis les disputes. J’ai juste appris à les distinguer avec plus d’acuité.


Dans les Dombes, expérience de nuit flottante sur l’étang.


Le jardin et quelques expérimentations continuent à m’éblouir de saveurs nouvelles. Entre pesto de capucines, de plantain, sommités grillées de tiges de courges, légumes fermentés au sel, plantes aromatiques inconnues, fraiches et séchées, cuisine des parties ingrates comme les fanes, les racines, les immatures, c’est un univers dont la découverte semble infini. Le séchoir se garnit de houblon qui parfumera mes bières, dont les déchets rempliront le vinaigrier. Des bocaux s’empilent dans la cave. Hors du jardin, la cueillette des prunelles, des orties, de l’achillée, des kilos de noix qu’un propriétaire nous voit ramasser avec plaisir, car ça lui fera moins de travail.

J’ai toujours aimé la nature, comme une échappatoire, un idéal esthétique, un mystère excitant. La redécouvrir dans sa dimension nourricière me remplit de joie, peut-être parce que je me sens y prendre part non en intrus, mais comme un modeste maillon d’une large chaîne. Aucun supermarché, même avec les meilleurs produits, ne peut rivaliser un tant soit peu avec cette exaltation.


Ce n’était pas la première fois que je sentais que ceux qui aiment et ceux qui ont du plaisir ne sont pas les mêmes. […] Pour moi j’avais déjà appris et même bien avant d’aller entendre la Berma, que, quelle que fût la chose que j’aimerais, elle ne serait jamais placée qu’au terme d’une poursuite douloureuse au cours de laquelle il me faudrait d’abord sacrifier mon plaisir à ce bien suprême, au lieu de l’y chercher.
— Marcel Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleur

Impression que plus j’avance dans La recherche du temps perdu, plus je suis touché, un crescendo inédit. Je n’arrive même pas dire si je m’implique plus dans ce second volume parce que le personnage grandissant, je m’y retrouve directement, ou si je suis moins dérouté par son style exigeant et donc plus à même d’être emporté.

Et pour la première fois, je regrette de lire en numérique, car je voudrais un livre à écorner, à annoter, ajouter des signets pour y revenir plus tard, me replonger dans des passages qu’il me faudra plusieurs lectures pour digérer.


En passant mon journal de ce mois dans Antidote, mon correcteur orthographie, il m’interpelle pour de nombreuses répétitions et tournures de phrases lourdes. Elles sont toutes contenues dans les citations de Proust. Petite leçon : ne pas trop écouter Antidote pour ce qui est du style.

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