Svalbard, jour 4

Alkhornet

Pas de kayak aujourd’hui, au bonheur de presque tout le monde. F. et moi n’avons pas eu de garde cette nuit, qui de ce fait fut délicieusement reposante.

Sous les nuages, nous partons à pied pour la corne d’Alkhornet en longeant la côte. Le paysage désertique s’étend sublime autour de nous, entre mer et coulées de pierres formant les falaises.

Après avoir dépassé la cabane des Sysselman, qui échangent jovialement avec nous quelques mots, nous arrivons dans la végétation : herbes verte, fleurs, petits arbres rampants de 2 cm maximum. C’est le guano des multitudes d’oiseaux nichant dans la corne qui amènent de la matière organique à terre et permettent à cette végétation de pousser. Le cri de ces oiseaux est comme un concert permanent de piaillement et de croassements. La corne nous surplombe et nous offre le loisir de les observer à la jumelle.

Alkhornet

J’aurais pensé que cette agitation de vie contrasterait avec le calme du reste de l’île, il n’en est rien. Une fois plongé dans ces paysages, on se rend vite compte que partout la vie bruisse. Elle est juste plus discrète, masquée par le vent ou éclipsée par le soleil permanent. Cette soudaine abondance ne jure pas avec le reste, c’est simplement un carrefour où se rencontrent plusieurs espèces.

Nous croisons des rennes. Ils ne sont pas farouches et s’approchent à quelques mètres alors que nous mangeons. Ces magnifiques animaux sont bien plus petits que ce qu’on croirait. C’est une espère spécifique à l’île. Leur pelage semble très doux et leurs gros yeux noirs adorables nous regardent. On entend leurs tendons claquer à chaque pas alors qu’ils nous contournent méfiants.

Les rennes du Svalbard

Cette balade magique est reposante, nous observons tranquillement le panorama et les animaux, nous imprégnant de ce qui nous entoure. C’est marcher que j’aime, qui me met le plus dans un état de découverte, d’ouverture et d’introspection.

De retour au camp, un joli soleil nous offre quelques rayons avant de se faire plus discret et passant sous les montagnes face au Fjord. Un courageux se baigne, un autre essaye mais s’arrête à la moitié, je passe mon tour.

Le morse repasse à la nage devant notre camp. Il nous a vu et fait le beau, sort la tête, met ses défenses à l’horizontale en faisant preuve d’une souplesse que je n’aurai pas imaginé, souffle et fait de gros bruits de pets. Si c’est un très beau spectacle, son comportement nous laisse un peu perplexe. Le guide, tout aussi déconcerté, nous dit amusé “ne me demandez pas d’explication, je n’en sais pas plus que vous”. Des oies au loin regagnent précipitamment la côte, un guillemot s’énerve, un renard en est la cause, je l’aperçois brièvement disparaître derrière un relief. Difficile d’aller se coucher, le spectacle est constant.

Morse en pleine parade